Le tabac, la plus grande cause de cancers en France

Le tabac, la plus grande cause de cancers en France

Les méfaits de la cigarette ne sont plus à démontrer. On pense avant tout au cancer du poumon, mais le tabac favorise le développement de nombreux autres cancers. Pour faire le point sur les risques, Doctissimo vous propose un panorama des cancers augmentés par cet ennemi intime.

Le tabac est la première cause de cancers en France et dans le monde. C’est aussi la première cause de mortalité évitable qui cause chaque année environ 60 000 décès en France 1. Si l’on s’attache uniquement à la mortalité par cancer, la part attribuable au tabac est de 24 % 2. Autrement dit : près d’une personne sur 4 qui meurt d’un cancer meurt à cause du tabac. Un constat pour le moins alarmant… Si le cancer du poumon compte pour beaucoup dans ce constat, il n’est pas le seul : le tabac diffuse ses méfaits dans tout l’organisme et constitue un facteur de risque pour de nombreux cancers.

Un effet direct et un effet plus insidieux

Cancer tabac La cigarette a de multiples raisons d’être cancérigène : en brûlant, le tabac produit des goudrons qui sont composés de milliers de produits chimiques dont des hydrocarbures polycycliques et d’autres carcinogènes… Ces carcinogènes peuvent agir de deux façons : « dans les cigares, pipes et cigarettes lourdes (c’est-à-dire celles qui ont un fort taux de goudron), les « cochonneries » vont se déposer au début du système respiratoire, explique le Pr. Thierry Le Chevalier, cancérologue à l’Institut national du cancer (INCa). Elles vont rester dans les grosses bronches et être responsables de cancers dits proximaux. A l’inverse, dans les fumées plus légères, qui sont d’ailleurs plus féminines, les carcinogènes vont plus loin dans l’organisme. Ils vont passer dans le sang et créer des cancers plus éloignés, plus distants comme des cancers de la vessie ou du foie. C’est entre autres le phénomène des cigarettes légères. »

Qu’en est-il vraiment de ces cigarettes « light » ?

Catherine Hill, épidémiologiste à l’Institut Gustave Roussy – 1 er centre européen de recherche contre le cancer – complète : « On a pensé que les cigarettes légères seraient moins toxiques que les cigarettes à plus fort taux de goudron. Mais il n’en est rien, car les fumeurs compensent la baisse du rendement en nicotine, qui est liée à la baisse du goudron, en aspirant plus fort et plus profondément. Avec les cigarettes fortes, on a des cancers dans les grosses bronches, avec les cigarettes légères on a plus de cancers dans les bronches plus petites. »

Une augmentation de risque pour la majorité des cancers

Avec la diffusion des carcinogènes par le sang, la quasi-totalité des organes peuvent être touchés. On considère aujourd’hui que 24 % de l’ensemble des cancers sont attribuables au tabac. Fumer augmente avant tout les risques de cancer du poumon, mais aussi de multiples autres :

Cancer du poumon : risque multiplié par 15 à 30(3)

En France, on compte chaque année 28 000 décès par cancer bronchique ; plus de 80 % sont attribuables au tabac. La durée d’exposition est le plus grand déterminant du risque ; arrêter de fumer est donc de loin l’action de prévention la plus efficace.

D’autre part, comme le souligne Catherine Hill, « On commence à détecter depuis une dizaine d’années les conséquences de l’entrée en masse des femmes dans le tabagisme entre 1960 et 1990″. Elles représentent aujourd’hui 1/5 des cas de cancer du poumon. C’est l’un des points noirs du tableau : si les courbes d’incidence et de mortalité pour le cancer du poumon se sont stabilisées et commencent à diminuer chez l’homme, elles augmentent considérablement chez la femme. La mortalité par cancer du poumon pourrait dépasser la mortalité par cancer du sein dans une vingtaine d’années.

Qu’en est-il du tabagisme passif ?

« Pour 20 cigarettes fumées par votre voisin, vous en fumez environ une », souligne le Pr. Le Chevalier. Pour le non-fumeur exposé à la fumée des autres, au travail par exemple, le risque de cancer du poumon serait augmenté de 12 à 19 % 4.

A l’inverse, les bénéfices de l’arrêt du tabac sont nets face au cancer du poumon et plus on arrête tôt, plus le bénéfice est grand. Mais le bénéfice est réel quel que soit l’âge où l’on arrête.

Cancers des voies aéro-digestives supérieures(3) :
·Cancer du larynx : risque multiplié par 10
·Cancer de la bouche et du pharynx : risque multiplié par 4 à 5
·Cancer de l’œsophage : risque multiplié par 2 à 5

Tous ces cancers des voies aéro-digestives supérieures (y compris les cancers des lèvres et de la langue) sont directement causés par la fumée de cigarette, chez l’homme et chez la femme. Le risque augmente avec la durée et le nombre de cigarettes quotidiennes, et les risques sont accrus par l’association de l’alcool et du tabac. Le tabac tue beaucoup à travers ces cancers : on lui attribue 60 % des décès par cancer de la bouche, du pharynx ou de l’œsophage chez l’homme, 16 % chez la femme 1. Pour tous ces cancers, lorsque l’on arrête de fumer, les risques diminuent avec les années.

Cancer des voies urinaires : risque multiplié par 3(3)

Le tabagisme est une cause majeure de cancers de la vessie et de l’uretère. Les risques augmentent à la fois avec le nombre de cigarettes et avec le nombre d’années d’exposition. Chez l’homme, le tabac serait responsable de plus de la moitié des décès causés par ces cancers 2. Comme pour le cancer du poumon, arrêter de fumer à n’importe quel âge stoppe la progression du risque.

Mais fumer multiplie aussi le risque de cancer du pancréas par 2, de cancer du nez, du foie et du col de l’utérus par 1,5 à 2,5, ainsi que de l’estomac, du rein et de leucémie myéloïde par 1,5 à 2. La liste est longue…

Un impact direct et lourd sur la mortalité

Avec tous ces risques augmentés, l’impact sur la mortalité est inévitablement lourd : au total, le tabac est responsable d’un décès par cancer sur 4. Comme pour l’alcool, c’est aussi une grande cause de mort prématurée : entre 35 et 69 ans, il cause un décès masculin sur 3 et un décès féminin sur 16 1. A long terme, le bilan est impitoyable : on peut penser que la moitié des fumeurs réguliers, voire les deux-tiers, mourront de leur tabagisme 5.

Première solution : réduire sa consommation de tabac ? Il vaut mieux directement arrêter : la durée d’exposition aux substances cancérigènes du tabac semble avoir plus d’impact que la dose. Si l’on double la dose, le risque est multiplié par deux, si l’on double la durée, il est multiplié par 20… Pour arrêter, n’hésitez pas à en parler et à vous faire aider.

Hélène Jolly

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